Idée reçue n°4 : «En thérapie de couple, le psychanalyste prend parti pour l'un ou pour l'autre»
C'est souvent la première crainte, avant même celle de parler : arriver à deux, et repartir avec l'impression que quelqu'un a gagné. Que le psychanalyste aura donné raison à l'un, tort à l'autre, et que la séance aura tourné au verdict.
Ce que dit l'idée reçue
Qu'un tiers qui écoute deux personnes en désaccord finit nécessairement par trancher. Qu'il va désigner qui a raison, qui exagère, qui doit changer. Chacun arrive alors en se préparant à défendre sa version, ou à se protéger d'un jugement, ce qui rend la parole prudente avant même d'avoir commencé.
Ce qu'il en est réellement
Ma place n'est ni celle d'un juge, ni celle d'un allié. Je n'ai pas de camp, et je ne cherche pas à départager deux versions.
Et le déroulé lui-même ne se prête pas à l'arbitrage. Après un premier entretien, je reçois chacun individuellement. Chacune et chacun fait son propre travail, avec sa propre parole, sans avoir à la défendre face à l'autre. Des séances à deux viennent compléter cette démarche, au rythme de chacun et lorsque le travail le permet.
C'est une neutralité engagée : je ne dicte aucune directive et je ne choisis aucun camp, mais je ne reste pas en retrait pour autant. J'élabore activement, avec chacun, ce qui se joue pour lui, tout en gardant à l'esprit ce qui se passe dans la relation.
Pourquoi chercher qui a raison ne fait pas avancer
Dans un couple, deux récits d'un même événement peuvent être sincères et pourtant différents. Chacun parle depuis ce qu'il a ressenti, avec sa propre histoire, ses propres sensibilités. Même lorsque les souvenirs semblent communs, ils ne portent pas nécessairement les mêmes significations. Départager ces récits suppose qu'il n'existe qu'une vérité à retrouver, alors que le problème se situe souvent ailleurs : dans la manière dont chacun rejoue, dans la relation, quelque chose qui lui appartient.
Une scène qui se répète toujours de la même façon, un sujet qu'on évite, un mot qui déclenche systématiquement la même réaction : ces mécanismes se jouent à deux, mais chacun y contribue par ce qu'il apporte. Travailler d'abord de son côté permet à chacun de les reconnaître sans que l'autre ait à les lui désigner. Ce n'est pas désigner un coupable, c'est identifier sa part.
Il ne suffit pas non plus d'en parler en termes généraux. Ce qui fait bouger quelque chose, c'est que chacun puisse ressentir ce qui se joue pour lui, et pas seulement l'expliquer.
C'est là que le travail en triangulation prend tout son sens. Il consiste à croiser en permanence le travail personnel de chacun avec une lecture de ce qui se joue dans le couple. Les séances individuelles permettent d'explorer ce qui appartient à chaque partenaire ; les séances à deux éclairent ensuite la manière dont ces éléments se rencontrent, se répondent ou s'opposent dans la relation.
Cette articulation est essentielle. Sans le travail individuel, certaines dimensions de l'histoire personnelle et des réactions de chacun risquent de rester dans l'ombre. Sans le regard porté sur le couple, il devient plus difficile de comprendre comment ces dimensions interagissent et entretiennent les difficultés.
La triangulation en pratique
La démarche P.A.R. s'appuie sur cette articulation entre les temps individuels et les temps à deux. Elle ne consiste pas à appliquer une méthode identique à tous les couples, mais à construire un travail adapté à leur situation et aux personnalités qui les composent.
Deux axes structurent notamment ce travail : les mécanismes de communication, en distinguant ce qui relève du fond, c'est-à-dire ce que l'on cherche à exprimer, et de la forme, c'est-à-dire la manière dont on le dit ; et une première compréhension du fonctionnement du psychisme, entre ce dont on a conscience et ce qui peut agir sans être clairement identifié.
Ces repères permettent d'examiner autrement les situations qui se répètent. Une dispute ne tient pas toujours uniquement au sujet abordé : la manière de formuler une remarque, de recevoir une réponse ou de réagir à une frustration peut aussi participer à l'escalade. Comprendre ces mécanismes demande de s'intéresser à ce que chacun vit, mais également à la façon dont les deux fonctionnements se rencontrent.
Le travail est actif et évolutif. Il se construit au fil des séances, en fonction de ce qui émerge et de ce que chacun est prêt à explorer. Il n'impose pas un rythme uniforme : chaque personne, chaque couple avance à sa manière.
Vos solutions, pas les miennes
Mon rôle n'est pas de fournir des solutions toutes faites, encore moins de décider à votre place de ce que devrait être votre couple. Il est de vous accompagner dans la compréhension de ce qui se joue, afin que vous puissiez élaborer vos propres réponses.
Il n'existe pas de modèle unique auquel tous les couples devraient se conformer. Une difficulté peut prendre des formes très différentes selon les histoires personnelles, les attentes, les sensibilités et les habitudes de communication. C'est à partir de cette singularité que le travail se construit.
L'objectif est de dépasser les conflits éventuels, de comprendre ce qui les alimente et de faire émerger des réponses adaptées à votre réalité. Des réponses que vous aurez construites ensemble, plutôt que des consignes appliquées de l'extérieur.
Lorsque les deux le ressentent comme nécessaire, la séance collective devient alors un lieu de rencontre, pas un tribunal : chacun y arrive avec un travail déjà engagé, et ce qui circule entre vous peut s'entendre autrement.
Ce que cela change concrètement
Consulter à deux n'expose personne à un verdict. Chacun garde sa parole, et personne n'est sommé de la défendre. Le travail porte d'abord sur ce que chacun vit, puis sur ce qui se passe entre vous, en reliant progressivement ces deux dimensions.
La triangulation permet ainsi de ne pas réduire les difficultés du couple à une opposition entre deux versions. Elle ouvre un espace pour comprendre les mécanismes individuels et relationnels qui participent aux problèmes, puis chercher des façons de les dépasser.
Le but n'est pas de déterminer lequel doit changer pour que tout aille mieux. C'est de permettre à chacun de mieux comprendre sa place dans la relation et de trouver, avec mon accompagnement, des pistes de résolution qui correspondent réellement à votre situation.
Cette crainte vous a peut-être déjà retenu de franchir le pas ? Le premier entretien, offert et sans engagement, permet de voir concrètement comment le travail s'organise, pour chacun et à deux.